L’importance de laisser nos enfants échouer

L’importance de laisser nos enfants échouer

De Jennifer Anstiss EAO, M.Ed., Conseillère pédagogique et orthopédagogue en lecture

Un ancien proverbe japonais dit « on tombe sept fois, on se relève huit fois. » Pour ceux qui doivent relever le défi intimidant d’élever la prochaine génération, il est probable que ce soit l’un des sujets de réflexion les plus importants. Le proverbe suggère que, peut importe combien de fois nous échouons à faire quelque chose, nous devrions nous relever et essayer de nouveau. Mais l’idée d’un échec, surtout quand il s’agit de nos enfants, peut être un point sensible difficile à accepter pour nous, les parents.

À partir du moment où nous découvrons que nous allons devenir parents, nos premières pensées portent sur la sécurité. Nous apprenons la RCR pour bébés, nous effectuons de recherches sur les sièges de voiture et nous achetons de petites pièces en plastique que nous enfonçons dans nos prises de courant pour protéger nos tout petits lorsqu’ils commencent à se déplacer. Et, bien entendu, tout cela a du sens. En tant que parents, nous voulons que nos enfants soient en sécurité, nous ne voulons pas qu’ils souffrent et nous souhaitons qu’ils ressentent tout le bonheur que la vie a à leur offrir.

La réalité est cependant que la vie ne sera pas toujours clémente ou facile ou sans douleur et qu’être parent signifie qu’il nous faut préparer les enfants à toute une gamme d’expériences humaines. Cela signifie que, parfois, la chose la plus bienveillante que nous puissions faire est prendre du recul et les laisser échouer. 

Ce n’est pas facile de voir son enfant échouer mais il apprendra ainsi de nombreuses leçons qui le mèneront à une meilleure compréhension et à la réussite.

En tant que parents, nous voulons que nos enfants se qualifient pour faire partie de l’équipe, qu’ils soient excellents à l’école et qu’ils aient de nombreux amis. Mais, lorsqu’ils remportent du succès partout, ils ne développent pas une compétence essentielle : comment gérer l’échec.

En fait, on peut beaucoup apprendre de l’échec. C’est grâce à l’échec que l’on apprend à persévérer, à établir des objectifs et à résoudre des problèmes. Lorsque nos enfants ne se qualifient pas pour faire partie de l’équipe à laquelle ils voulaient se joindre, ils seront probablement déçus. C’est une réaction émotionnelle naturelle. Cependant, dans notre paradigme moderne de parentalité, la première réaction que nous avons en tant que parents est d’intervenir pour protéger notre enfant contre le sentiment de découragement.

Lorsque nos enfants échouent, nous avons une occasion de les aider à comprendre que la contrariété fait partie de la vie. Les choses ne se déroulent pas toujours comme ils le souhaitent, mais ils peuvent décider comment gérer cette expérience.

Si un enfant veut vraiment faire partie de l’équipe de volleyball, ses parents peuvent l’aider à comprendre comment s’y prendre pour y arriver. C’est une occasion pour les enfants d’apprendre que, s’ils veulent quelque chose, il leur faut élaborer un plan pour réaliser leur objectif.

À titre d’enseignant, je vois le potentiel de l’échec constamment ce qui, je l’avoue, peut sembler contre-intuitif. Bien sûr, en tant qu’enseignants, nous voulons que nos élèves réussissent. Nous voulons qu’ils aient de bonnes notes dans leurs devoirs et leurs tests et qu’ils établissent une connexion avec l’ensemble de la communauté scolaire par l’entremise de diverses activités parascolaires.

Toutefois, la réalité est que cela ne sera pas l’expérience de la plupart des étudiants, la plupart du temps. La plupart des étudiants auront des résultats médiocres ou échoueront à quelque chose au moins une fois dans le cours de leurs études.

Parfois, la possibilité d’échouer peut devenir une puissante motivation.

Par exemple, plusieurs de mes étudiants, au fil des ans n’ont pas obtenu les résultats dont ils avaient besoin en anglais. En travaillant ensemble, nous avons établi des objectifs pour qu’ils s’améliorent et conçu un plan pour réaliser leurs objectifs. Par l’entremise de ce processus, mes étudiants ont appris non seulement le contenu du cours mais aussi comment établir un objectif, développer un plan qu’ils ont révisé selon le besoin et ils ont ensuite éprouvé une grande fierté pour leur accomplissement.

La récompense n’est pas seulement d’avoir obtenu une note de passage mais surtout d’avoir acquis une estime de soi bien méritée, résultant d’un effort substantiel et de leur détermination, et pas seulement d’une aptitude naturelle ou de l’encouragement de leurs parents.

Ils ont appris une compétence précieuse dont la portée se manifestera dans leur vie quotidienne au-delà de l’utilisation de la métaphore de Shakespeare : comment creuser en profondeur et travailler fort pour atteindre un objectif. C’est une leçon qu’ils pourront appliquer à n’importe quel aspect de leur vie dans l’avenir.

À une époque où les parents « hélicoptères » restent souvent éveillés plus tard que leurs enfants pour s’assurer qu’un projet est terminé, nous en tant que parents devons réfléchir sérieusement à quelles compétences nous voulons que nos enfants possèdent arrivés à l’âge adulte.

Souhaitons-nous les voir fléchir face à l’adversité? Ou voulons-nous que, lorsqu’un défi se présente, ils pensent être en capables de le relever? La réponse est évidente.

Les enfants acquièrent une estime d’eux-mêmes et la capacité de surmonter les obstacles à chaque nouvelle étape.

Voici quelques exemples de la façon dont des enfants apprennent face à l’échec. Évidemment, ce n’est pas toujours facile pour les parents :

  • Réfléchissez deux fois avant d’apporter un instrument oublié à l’école. Aussi difficile que ce soit, les enfants apprennent beaucoup en faisant face aux conséquences directement.
  • Lorsque vous parlez aux enseignants, soyez réceptifs à découvrir dans quels domaines les enfants ont des difficultés et ont besoin de s’améliorer. Collaborez avec les enseignants pour arriver à une solution plutôt que de jeter un blâme. Parvenir à une réussite requiert un travail d’équipe de la part des parents, de l’enseignant et de l’enfant.
  • Si les enfants n’étudient pas pour un test et y échouent, expliquez la conséquence de cette action. Ressentir eux-mêmes la conséquence directe est le meilleur moyen d’amener les enfants à mieux réfléchir au niveau d’efforts qu’ils devront déployer lorsque le prochain test se présentera.

Si nous, en tant que parents, voulons vraiment voir nos enfants grandir pour devenir des citoyens du monde heureux, productifs et bienveillants, alors une partie de notre travail est de les aider à gérer la gamme complète des expériences humaines.

Et, parfois, cela signifiera les laisser échouer pour qu’ils apprennent que, lorsqu’ils tombent sept fois, ils peuvent se relever huit fois. Mieux vaut parfois échouer si l’on veut apprendre comment réussir.

Jennifer Anstiss détient une maîtrise en éducation en littératie de l’Université Mount Saint Vincent, avec spécialisation en intervention précoce et prévention des troubles d’apprentissage. Elle est aussi membre actif de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Elle a été formée pour livrer des programmes d’instruction directe et est praticienne certifiée de Fast ForWord. L’expérience pratique de Jennifer inclut plus de 15 années en cabinet privé et 10 ans dans le domaine de l’enseignement de l’éducation spécialisée de l’enfance en difficulté à la fois pour le conseil scolaire du district catholique de Duffering-Peel et le conseil scolaire du district de Peel. Elle se spécialise dans la conception et la mise en œuvre de programmes d’orthopédagogie pour des étudiants ayant des troubles d’apprentissage et d’attention dans des milieux publics et privés. Jennifer donne des présentations à des parents, des professionnels et des groupes communautaires.